Roulez justice, pour Murat Arslan et l’État de droit

Nous exerçons des libertés dont d’autres sont privés : la liberté de manifestation, la liberté d’expression, et même la liberté de circulation.

Ces libertés ne sont ni données ni acquises. Elles ont été le fruit de luttes. Et elles peuvent nous être enlevées. Ces libertés, il faut les chérir et les défendre.

J’étais ces derniers jours entre Nice et Vintimille pour accompagner la dernière étape de la caravane à vélo Roulez justice.

Tout au long du mois d’avril, des magistrates et magistrats ont descendu la France à vélo pour réaffirmer leur soutien à Murat Arlsan, magistrat incarcéré en Turquie depuis 10 ans pour avoir défendu l’idée d’une justice indépendante. Ils reprenaient ainsi le relai de leurs collègues allemands qui ont fait de même, et hier ils ont passé le relai à leurs collègues italiens qui vont poursuivre la route.

Ces quelques journées, nous avons parlé de l’Etat de droit, de la justice, de nos libertés.

Des expériences récentes à Minneapolis aux Etats-Unis et du référendum constitutionnel en Italie nous avons retenu que quand la société se lève pour défendre l’Etat de droit, elle gagne.

Le respect du pouvoir judiciaire est essentiel pour notre démocratie. Aux côtés de l’exécutif et du législatif, c’est par le respect des limites respectives de ces trois pouvoirs que notre démocratie peut être réelle.

Ces sujets ne sont pas théoriques ni techniques, ils sont au cœur de nos quotidiens : l’effritement de l’Etat de droit s’observe chaque jour, dans les entraves à l’aide juridictionnelle, dans la baisse des budgets qui empêche la justice de bien faire son travail, dans les attaques contre un soi-disant gouvernement des juges quand ceux-ci osent imposer la loi à des personnalités politiques, ou encore dans la réforme du plaider-coupable qu’on examine ces jours-ci à l’Assembée. Malheureusement, on ne manque pas d’exemples en France ces derniers temps.

Notre état de droit est un édifice fragile, et il faut se battre pour le défendre. C’est ce que les expériences de nos pays voisins doivent nous enseigner.

D’Italie, la victoire du non au référendum constitutionnel nous rappelle que la Constitution appartient à toutes et tous.

Des Etats-Unis, la population qui se lève et s’organise à Minneapolis nous rappelle que la démocratie doit être défendue chaque jour.

De Turquie, la mobilisation européenne pour Murat Arslan et les dizaines de juges qui comme lui sont en prison montre que la solidarité n’est pas un vain mot.

Et entre Vintimille et Nice, quand les contrôles d’identité à la frontière française sont au faciès, la réalité crue est celle-ci : tant que les droits de toutes et tous ne sont pas respectés, nous ne pouvons pas nous dire en démocratie.

Dans le code de déontologie des juges belges figure ceci : Quand l’état de droit et la démocratie sont menacées, prendre la parole pour les défendre c’est non seulement un droit mais aussi et surtout un devoir.

Alors oui les juges engagés au Syndicat de la magistrature , à Medel et à Magistratura démocratica, comme les juges trucs emprisonnés ou exilés politiques, ne font que leur devoir mais c’est tellement rare. Merci à elles et eux.

Pour en savoir plus :

Lisez la lettre de Murat Arslan écrite depuis sa cellule lorsqu’il a eu le prix Vaclav Havel 2017

Et regardez le reportage de France Inter le 1er mai 2026